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Giordano Bruno est le père de la religion cosmique moderne in Le flambeau des 3O statues. Il y garde un ancien schéma ou Dieu est perçu "comme une sphère infinie dont le centre est partout (cf. Alain de Lille avec renvoi à Parménide), comme identité d'essence et d'existence (Saint Thomas) plus intérieur à moi-même que moi-même (Augustin), au-dessus de tout, en tout et partout (Grégoire le Grand), essence des essences, nature de la nature (Erigène), comme identité de l'être, du pouvoir et de l'agir (Nicolas de Cuse), invisible et le seul reflet visible est le monde (Marsile Ficin)". Mais le véritable accent de G. Bruno est ailleurs.
Il réside dans l'opposition entre deux trinités : celle que constitue le chaos, l'abîme, la nuit, face au Père, au Fils et à l'Esprit-lumière du Tout.
En effet, pour Bruno, si on enlève le mal, il n'y a pas de désir du bien. Bruno décrit ainsi le héros, Eroici furori, l'étant ou s'oppose les deux trinités.
Dans le récit de Diane et d'Actéon, Actéon après avoir vu la beauté est transformé en cerf et chassé [du paradis]. Ce n'est que déchiré par les chiens qu'il verra Dieu.
On retrouve des accents de Dante dans une certaine christianisation de l'éros mais chez Dante la conversion passe par une marche à travers l'enfer et une totale et chrétienne pénitence ainsi qu'une confession devant Béatrice.
Chez Bruno le platonisme persiste, dans l'amour des beaux corps même s'il est conditionné et coloré par le christianisme pour aboutir au Dieu de Jésus-Christ seul amour éternel.
L'éros est limité, soumis. Il est secoué, provoqué, jugé par l'agapè.
C'est comme le souligne Kierkegaard avec le christianisme et lui seul que l'esthétique a pu ainsi s'opposer mortellement à l'éthico-religieux, parce que la mélancolie et l'angoisse latentes de l'existence finie ne sont venue qu'alors aux yeux de leur insoluble contradiction. Mais souligne Balthasar, on ne doit pas oublier que le mariage est un sacrement, et que l'éros est capable de rédemption. Une alliance est possible entre Dieu et les hommes. Si Bruno présente un visage érotique et un désir platonicien et plotinien de Dieu, la beauté éternelle peut aussi être justifié chrétiennement. Pour l'Occident, le rapport éros et agapè reste un lieu authentique de décision...
Source principale : Hans Urs von Balthasar,
La Gloire et la Croix, Les aspects esthétiques de la révélation,
4 Le Domaine de la Métaphysique
*** Les héritages,
tome 86 tr. Givord, Aubier Théologie, Paris 1983
A partir du même ouvrage, une analyse de :
Nicolas de Cuse
Marsile Ficin
Léon l'Hébreu
Giordano Bruno
Göttfried de Strasbourg
Paul Claudel
Comte Anthony de Shaftesbury
Friedrich Hölderlin
Goethe
Rainer Maria Rilke
Heidegger
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